2007 - YAMBI - Le Grand Parloir des Lettres congolaises

Le Grand Parloir des Lettre congolaises a été organisé par CEC les 12 et 13 octobre 2007 à la Maison du spectacle La Bellone, dans le cadre de « Yambi », grande manifestation culturelle initiée entre Wallonie-Bruxelles International (WBI) et l'état congolais pour mieux faire connaître au public belge la richesse et la diversité de la culture congolaise. CEC a réuni dans ce cadre, avec le soutien de WBI, 20 auteurs congolais: Jean BOFANE, Charles DJUNGU-SIMBA, Maguy KABAMBA, Mukala KADIMA-NZUJI, Kama KAMANDA, Jean-Claude KANGOMBA, Vincent LOMBUME KALIMASI, Jules EMONGO LOMOMBA, Clémentine FAÏK-NZUJI, Bienvenu MONGABA SENE, MUEPU MUAMBA, Huit MULONGO KALONDA, Pierre MUMBERE MUJOMBA, Marie-Louise Bibish MUMBU, Georges NGAL MBWIL A MPAANG, Pius NGANDU NKASHAMA, Thierry NLANDU MAYAMBA, Pie TSHIBANDA, José TSHISUNGU WA TSHISUNGU, Antoine TSHITUNGU, André YOKA LYE MUDABA. 

 

 

 

 

 

 

 

Plus de soixante ans d’expression littéraire congolaise francophone et rares sont les auteurs congolais lus, reconnus et commentés dans le paysage culturel belge.  Pourtant, cette littérature existe, avec ses talents riches et variés, ses thèmes originaux et ses problèmes spécifiques.  Par ailleurs, à cause des remous de l’histoire de leur pays et du mouvement centrifuge (exil, diaspora) imposé ou choisi, les auteurs congolais n’ont eu que très peu d’occasions de rencontres et d’échanges mutuels. 

C’est donc un double objectif qui fut proposé : la découverte et la rencontre. Le Grand Parloir desLettres congolaises  a constitué un espace d’échanges inédit pour une vingtaine d’écrivains congolais entre eux, d’une part, avec le public belge, d’autre part. De RDC, du Congo-Brazzaville, d’Allemagne, de Belgique, des Etats-Unis, du Canada, de France et d’ailleurs, ils se sont retrouvés à Bruxelles, à l’invitation de CEC, pour participer à cet événement littéraire d’importance pour les lettres congolaises. Un moment de chaleureuses retrouvailles entre ces romanciers, nouvellistes, poètes et dramaturges. 

Un hommage tout particulier a été rendu d’abord aux grandes figures de cette littérature , dont  Paul Lomami Tchibamba à l’occasion de  la sortie posthume de son livre « Ah Mbongo ».  Cet hommage a été rendu en présence de ses enfants Eliane et José Tchibamba. 

L’histoire littéraire du Congo fut ensuite l’objet d’une présentation générale, entre autres par Silvia Riva. La parole fut aussi, et surtout, donnée aux écrivains eux-mêmes. « Etre écrivain congolais : une responsabilité particulière ? » ; «  J’écris. Pourquoi ? Pour qui ? » telles sont les questions qui ont été abordées dans cette mise à l’honneur des lettres congolaises.  

A l'issue du Grand Parloir, les écrivains congolais présents ont signé de commun accord l'appel de la Bellone.

Pendant leur séjour, les écrivains congolais présents ont participé à une programmation large et variée, organisée par CEC et ses partenaires.

DUOS CONGOLO-BELGES

En collaboration avec le Service de la Lecture publique, de la Fureur de Lire, des Bibliothèques Montjoie, Maison du livre de Saint Gilles, Riches-Claires et Passa Porta, CEC a organisé le jeu d’un « mariage » ponctuel entre écrivains congolais et belges.  « J’ai lu ton roman, tes nouvelles ou tes chroniques. Voilà ce que j’en pense. Franchement.  Et toi, en toute sincérité, que penses-tu de mon travail, de mon monde ? »  Thomas Gunzig, José Tshisungu wa Tshisungu, Caroline Lamarche, Yoka Lye Mudaba, Jean-Louis Lippert, Pius Ngandu Nkashama, Didier de Lannoy, Marie-Louise Bibish Mumbu, Xavier Deutsch et Charles Djungu Simba se sont prêtés à ce regard croisé, à la fois découverte et miroir réciproques, auxquels le public a joueé le rôle de témoin actif ! 

Retrouvez ci-dessous quelques extraits de ces rencontres. Tout d'abord, la rencontre qui a eu lieu à Passa Porta avec Charles DJUNGU-SIMBA et Xavier DEUTSCH d'une part et André YOKA et Caroline LAMARCHE d'autre part. Les deux rencontres ont été animées par Jean-Pierre VERHEGGEN.

Une autre rencontre a réuni Pius NGANDU-NKASHAMA et Jean-Louis LIPPERT à la Maison du livre de Saint-Gilles.

Retrouvez ci-dessous le commentaire de ces échanges par les auteurs eux-mêmes. 

Marie-Louise Bibish Mumbu et Didier de Lannoy s'étaient déjà  croisés. Avant. Sur Internet. 

En octobre 2007, ce furent donc

- Une (jeune) femme  et un homme (âgé) dont Joëlle Baumerder et Jean-Pierre Jacquemin (ne craignant pas l'inceste) disaient qu'ils écrivaient "presque" de la même manière... Marrant de les faire se rencontrer, non ?

Des retrouvailles. 

Des retrouvailles, arbitrées avec humour et doigté par In Koli Jean Bofane, de deux personnes apparentées (fréquentant les mêmes rues, pratiquant les mêmes bars, le même Tshibangu, le même hôtel Salama... à vingt ans près... et... à deux parcelles près... courtisant la même belle-famille, du côté de l'avenue du Comité Urbain à Kinshasa) qui ne s'étaient jamais vus et qui avaient sans doute un peu peur.

- Chacun(e) ?

- Surtout moi ! dit-il

- Et moi donc ! abonde-t-elle, de ne pas être à la hauteur. 

- Et maintenant, vous voilà tous les deux rassurés ?

- Que Bibish réponde ! dit Vieux ba Diamba

- Rendez-vous à Kin, au Bloc de Bandal, pour manger des brochettes ! répond Bibish.

Caroline Lamarche                                                          

La formule des « duos littéraires » s’est révélée agréable et efficace, en raison du sérieux avec lequel chaque écrivain s’est attaché à découvrir l’œuvre de son partenaire. Je me suis personnellement sentie très en phase avec le travail d’André Yoka Lye Mudaba avec qui j’ai eu le plaisir de dialoguer. Nous partageons une forme d’éclectisme de « sauteurs de frontières », passant de la nouvelle (ou du roman) à l’essai (comme dans le très beau livre « Congo River ») sans oublier les prises de parole au service de nos communautés respectives et une conscience des enjeux politiques et culturels qui, chez Yoka, s’exprime dans les billets qu’il donne à la presse. S’agissant de nos personnages de fiction, notre curiosité va aux êtres malmenés par la vie mais dont l’énergie semble inépuisable. La lucidité, l’ironie, traversent nos textes, non dépourvus de violence même si nos sujets diffèrent. Le moment même de l’échange fut pour moi heureux et dense. 

José Tshisungu  wa Tshisungu

J'ai rencontré M.Gunzig après avoir lu deux de ses livres (Mort d'un parfait bilingue, et Le plus petit zoo du monde). L'univers de Gunzig est une cohabitation d'humanité et d'animalité. Il a un style essentiellement marqué par une narration brisée et une langue tantôt soutenue, tantôt populaire, un mélange d'une extraordinaire harmonie.  

Son esthétique, portée par la métaphore et la comparaison explicite, génère un imaginaire qui se nourrit d'un réalisme débridé. Les deux livres ne renvoient à la Belgique que par leurs titres : le bilinguisme parfait est sans doute l'impossible unité ; le plus petit zoo: l’enfermement des communautés en colère !