23 avril 2019

Notre folklore véhicule des stéréotypes

Les traditions et les usages que nous entretenons et qui composent notre folklore peuvent être vecteurs de stéréotypes. Leur remise en question conduit souvent à de vives réactions de la part de la population attachée à ce folklore. Cependant, ces discussions et questionnements sont plus que nécessaires et c’est dans l’optique de les entamer que s’inscrit cet article. Différents éléments de notre folklore véhiculant des stéréotypes liés aux populations africaines et afro-descendantes y seront rassemblés, contextualisés et remis en question

 

Les carnavals sont, dans beaucoup d’endroits, des évènements que les locaux attendent chaque année. Certaines traditions qui y sont liées véhiculent cependant des stéréotypes liés aux populations africaines et afro-descendantes. Certains de ces carnavals sont centenaires et les origines de certains groupes défilant lors de ces événements remontent parfois aux temps de la colonisation. Il n’est donc pas étonnant que ces groupes soient toujours porteurs de messages stéréotypés voir même racistes. Pour d’autres groupes, créés bien plus tard, on ne peut pas parler de traditions descendant directement de l’époque coloniale mais on peut supposer que cette dernière a laissé assez de traces dans les esprits pour qu’ils soient encore possible aujourd’hui de voir se mettre en pied des rassemblement de ce types. Ces initiatives plus récentes témoignent également de l’efficacité avec laquelle se transmettent les stéréotypes et mettent encore une fois en avant l’urgence de les questionner et de les déconstruire. 

Différents exemples issus de différents carnavals vont suivre et des liens seront proposer pour aller plus loin concernant ces thématiques. Cette liste est, cependant, loin d’être exhaustive et si vous souhaitez participer à son enrichissement, n'hésitez pas à nous contacter via notre adresse mail : info@cec-ong.org

 

La tradition du Père Fouettard 
Le rôle de ce personnage, punir les enfants qui n’ont pas été sage pendant l’année écoulée, semble rester le même peu importe le lieu où cette tradition se pratique . Cependant, le Père Fouettard est représenté de différentes manières suivant les régions et diverses origines justifient son apparence. 

Ainsi, on explique quelques fois son visage grimé de noir par la suie provenant des cheminées qu'il ramone pour Saint Nicolas/Père Noël avant que ce dernier ne s’y engouffre pour déposer des cadeaux aux enfants sages. Néanmoins, dans de nombreux endroits aujourd'hui, la manière de représenter ce personnage se fait à l'aide d'une blackface et ce de manière évidente. En se grimant de la sorte, les Pères Fouettards font donc, en plus de véhiculer une image négative de l’homme noir, inévitablement écho à toute l’histoire des blackfaces. C’est pour ces raisons que ce personnage est de plus en plus contesté depuis quelques années et plus particulièrement aux Pays-Bas où le “zwarte piet” est invariablement représenté le visage grimé en noir et les lèvres peintes en rouge. 

 

 

Les noirauds de Bruxelles 
Les noirauds se promènent chaque année dans les rues de Bruxelles pour récolter des fonds en faveur des enfants nécessiteux et ce depuis mars 1876. Cependant, bien qu’ils oeuvrent pour une bonne cause, ils perpétuent également la tradition de la backface. A l'époque de leur création, les membres du groupe ne souhaitaient pas être reconnus et se grimer en noirs était censé apporter un relatif anonymat. Mais ce n’est pas tout. A l’origine de ce déguisement, on retrouve également la période coloniale. Les premiers noirauds de 1876 se seraient effectivement inspirés de la tenue des notables africains de l’époque. 


A la suite des nombreuses critiques reçues lors de ces dernières années, le groupe a décidé de se remettre en question et de faire évoluer leur maquillage. Dorénavant, les noirauds ne se griment plus intégralement en noir mais en noir, jaune et rouge. Ils font ainsi évoluer leurs traditions, évitent la référence à la l’histoire du blackface tout en gardant l’anonymat qui, selon eux, justifiait de continuer à se grimer le visage. 

 

Les basoulous de Basècles 
Les basoulous forment un groupe au sein du carnaval de Basècles dans la province du Hainaut. Il a été fondé en 1995. Sur leur site, on apprend que le thème choisi est l’Afrique. Pourquoi ce choix ? Ils le justifient en expliquant qu’ils cherchaient un thème qui permette de faire la fête. Pour tenter de représenter l’Afrique, ils choisissent de se déguiser en une "tribu sauvage". En plus de leur maquillage et leurs déguisements, les informations que l’on peut trouver sur leur site internet nous confirme l’intention des basoulous et la manière dont ils se représentent et souhaitent représenter l’Afrique. 


Ces choix posent problèmes puisqu'en agissant de cette manière et bien que cela se veuille bienveillant, les basoulous véhiculent des stéréotypes, entre autre celui du bon sauvage, ainsi qu’une image simplifiée de l’Afrique. 


"Les Basoulous, une tribu de sauvage, un chef courageux, un sorcier malicieux et d'invincibles guerriers. Venus d'une lointaine contrée d'Afrique, adorant des dieux vicieux et cruels, ils aiment couper des têtes et les réduire. Ils paraissent effrayants sous leur masques et leurs peintures de guerre mais retrouvent leurs sourires carnassiers après avoir bu... un bon verre de bières !!!” 

 

La nuit des noirs à Dunkerque 
Les Noirs forment un groupe traditionnel du carnaval de Dunkerque. Des hommes, le visage grimé en noir et les lèvres exagérément peintes en rouges, défilent dans les rues de Dunkerque chaque année. Organisée depuis 1968, cette tradition fait débat depuis quelques temps.C’est, en effet, un cas évident de blackface. Les Noirs vont cependant encore plus loin puisqu’ils ne s’arrêtent pas au maquillage mais se vêtissent également d’une jupe en rafia, d’un couvre chef en plumes ainsi que d’autres accessoires tel qu’un collier en fausses dents. Ainsi, les Noirs font, d’une part, écho aux origines de la blackface mais véhiculent également une image très stéréotypée du noir africain : celle de l’africain primitif, du sauvage.

 

Le Sauvage et le Magnon de la Ducasse de Ath. 
Le Sauvage est un personnage de la Ducasse de Ath dans la province du Hainaut. Il fait parti d'un char appelé : La barque des pêcheurs napolitains. Ce char a été créé en 1956. Le personnage du Sauvage est retenu à l’aide de chaînes par deux personnages déguisé en marins et défile dans les rues de Ath en criant et en gesticulant. On peut lire à son propos un dossier presse sur la Ducasse fourni par l’office du tourisme de Ath que “le sauvage, enchaîné et agité, témoigne du goût de l’exotisme du 19e siècle”. Tout dans ce personnage du Sauvage, que ce soit son maquillage, ses vêtements et accessoires, les chaînes qu’il porte autour des poignets (et qui sont tenues à l’autre extrémité par des marins blancs) ainsi que son attitude véhiculent clairement le stéréotype du même nom, celui du sauvage. 


Le Magnon est, quant à lui, un diable. Son rôle est de faire reculer le public avant le passage d’un autre char. Bien que le problème saute aux yeux de manière moins évidente ici que dans le cas du Sauvage, le Magnon a tout de même le visage peint en noir. Il fait donc, lui-aussi, référence à la blackface mais véhicule également une association d’idée entre le diable et la couleur de peau noir et ainsi une image négative voir effrayante de l’homme noir. 

 

Autres actualités