L'affaire Vinicius Junior en est l'exemple le plus médiatisé : le joueur brésilien du Real Madrid a été victime à plusieurs reprises d'insultes racistes sur les pelouses espagnoles. Mais ce phénomène dépasse largement les stades professionnels.
En Belgique, l'URBSFA a enregistré une hausse de 34 % des signalements de discrimination depuis le lancement de son programme Come Together, une initiative de l'Union belge de football contre les discriminations. Résultat alarmant : aujourd'hui, un jeune sur trois affirme avoir déjà été victime de racisme dans le sport.
Des stéréotypes coloniaux bien ancrés dans les terrains amateurs
Au-delà des insultes visibles et des gestes ostensibles, le racisme dans le football amateur prend souvent des formes plus insidieuses. L'une d'elles porte un nom : le racisme stacking. Ce phénomène désigne la tendance à orienter systématiquement les joueurs racisés vers des postes physiques — attaquant, ailier, défenseur — au détriment des postes à responsabilité stratégique, comme gardien de but ou capitaine.
Un cas concret illustre cette réalité avec une brutalité déconcertante. Pour la saison 2025/2026, le club anversois Nielse publiait une annonce de recrutement pour ses U15 précisant : « De préférence blanc pour le moment, pas d'immigrant. » Une discrimination raciale assumée, au grand jour, dans le football amateur belge.
Pour Marco Martiniello, professeur de sociologie des migrations à l'Université de Liège et directeur de recherche au FNRS, ces comportements ne surgissent pas du néant : « Les gens ne savent même pas que ce qu'ils pensent est lié à une expérience coloniale. » Les stéréotypes persistent : le joueur subsaharien perçu comme athlétique mais peu tactique, le jeune maghrébin associé à un manque de discipline. Ces représentations, transmises de génération en génération, orientent inconsciemment les décisions des entraîneurs, des arbitres et des dirigeants de clubs.
Des victimes réduites au silence
Face à ces discriminations, les joueurs amateurs se retrouvent souvent seuls. Contrairement aux professionnels, ils ne bénéficient ni de la visibilité médiatique ni du soutien institutionnel nécessaire pour porter leurs témoignages. Lorsqu'un jeune signale des cris racistes, on lui demande fréquemment de « passer à autre chose » et de se concentrer sur son jeu. Les remarques dans les vestiaires sont requalifiées en blagues. Celui qui refuse d'en rire est accusé de manquer d'humour.
Le problème est encore plus aigu pour les joueurs en situation de migration, qui subissent ce que Marco Martiniello appelle un « cocktail complet » : un racisme lié à leur couleur de peau, doublé d'un racisme lié à leur situation migratoire ; parfois exploités comme simple vivier de talents à moindre coût.
Vers une déconstruction nécessaire
Des efforts existent. Le programme Come Together de l'URBSFA constitue un premier pas, et la hausse des signalements, aussi préoccupante soit-elle, témoigne d'une prise de conscience progressive. Mais tant que les stéréotypes coloniaux ne seront pas activement déconstruits dans les clubs, dans les formations d'entraîneurs et dans les instances dirigeantes, le football amateur restera un espace où le racisme prospère dans l'indifférence.
La vraie question n'est pas seulement de sanctionner les comportements les plus flagrants. C'est de s'interroger collectivement sur les biais que nous reproduisons sans le savoir, match après match, saison après saison.