6 juillet 2026

Le cinéma, une porte d'entrée vers la déconstruction des stéréotypes

Déconstruire les stéréotypes liés à l'Afrique et aux afro-descendants est au cœur de la mission de CEC depuis sa création. C'est dans cet esprit que nous avons proposé à notre stagiaire Tristan Oliver d'explorer cette question à travers le cinéma afro-américain — une porte d'entrée qu'il nous a lui-même proposée, et que nous avons trouvé intéressant de partager sous forme d'une chronique en plusieurs articles. Cette chronique, dont les trois parties seront publiées sur une période de trois semaines, s'intéresse au cinéma afro-américain, et, plus largement, à la question du cinéma décolonial. Traçant un ligne du temps à partir des années 1920 jusqu'à aujourd'hui, la chronique se penche particulièrement sur trois courants cinématographiques aux Etats-Unis - les race films, le cinéma blaxploitation, et la L.A. Rebellion.
Cec

Aux Etats-Unis, avant les années ‘60, les acteurs.trices afro-américain.es qui paraissaient dans les films d’Hollywood (et dans les films Américains, de manière générale) étaient quasi-totalement relégués à des rôles stéréotypés tels que le danseur de cabaret, le serveur, l’esclave, et à des rôles de faire-valoir qui ne servaient qu’à mettre en avant le protagoniste blanc du film, comme la “Mammy” (Gone With the Wind), l’ “Uncle Tom” (Stephen, Django Unchained), et le “Magical Negro” (John Coffey, The Green Mile) - la liste est malheureusement beaucoup plus longue. 

 

Cependant, à partir des années 1920 jusqu’aux années ‘50, il existait une importante exception à cette règle: les “race films”, terme d’époque désignant des films destinés à un public Noir victime de segrégation, qui n’étaient non pas produit par l’industrie hollywoodienne mais majoritairement par des afro-américains, et qui avaient pour but de valoriser ces derniers en créant ou adaptant des récits dont ils étaient les protagonistes. Ces films servaient à combattre et à résister aux stéréotypes présents dans le cinéma américain, et de se façonner une nouvelle image au sein de la société américaine. 

Les “race films”, première grande avancée du cinéma afro-américain

Nés à l’époque où les lois Jim Crow étaient encore en vigueur, principalement dans les Etats du Sud, et où une mentalité ségrégationniste persistait dans l’ensemble des Etats-Unis, les r    ace films étaient discrètement révolutionnaires. Produits en dehors du système hollywoodien et souvent sur des budgets très limités, ces films mettaient en avant, pour la première fois, la vie afro-américaine à l’écran. Les thématiques abordées étaient diverses et plus complexes, et le public afro-américain, que visait ces productions, avait donc enfin l’opportunité de se voir représenté avec tellement plus de dignité et de respect à l’écran qu’il en avait l’habitude.

Bien que ce mouvement comprenait de nombreux cinéastes, le plus connu d’entre eux était Oscar Micheaux. Armé d’une débrouillardise infinie et d’un esprit d'initiative inébranlable, Micheaux s’était outillé de nombreuses compétences grâce aux différents emplois qu’il avait occupés, avant de finalement se lancer dans une carrière d’auteur et puis de réalisateur, qu’il occupa jusqu’à sa mort en 1951. Malgré le fait qu’il travaillait dans un environnement où tout se jouait contre lui, Micheaux réussit tout de même à produire ses films indépendamment grâce à sa propre compagnie de production, Micheaux Film & Book Company, dont il vendait les actions à divers investisseurs afin de financer ses projets. Les oeuvres de Micheaux, telles que The Homesteader (1919,) et Within Our Gates (1920), sont aujourd’hui considérées révolutionnaires, et ce pas seulement en raison de la manière dont elles ont été réalisées, du contexte dans lequel elles ont vu le jour et aussi des opportunités qu’elles ont créés pour de nombreux artistes Afro-Américain, mais aussi à cause de l’impact indéniable qu’elles ont eu sur de futurs cinéastes.

En effet, les race films de Micheaux - et d’autres réalisateurs comme Spencer Williams, Richard E. Norman et Roy Calnek - ont aidé à ouvrir la voie aux futures générations de cinéastes afro-américains, tels que Spike Lee, John Singleton, et Melvin Van Peebles. C’est d’ailleurs dans les années ‘70 qu’un autre mouvement cinématographique, similaire dans sa vision et ses intentions mais on ne peut plus différent dans son style, se produirait dans le sillage de ces-derniers: le cinéma blaxploitation.

La deuxième partie de cette chronique sur le cinéma afro-américain sera publiée lundi prochain, et se penchera sur le cinéma blaxploitation des années 1970.

La photo de Oscar Micheaux utilisée en tête d’article provient, selon Radio-Canada Ohdio, de la Oscar Micheaux Society, cercle estudiantins à la Duke University en Californie.

Films recommandés

  • Within Our Gates, Oscar Micheaux (1920)
  • Body and Soul, Oscar Micheaux (1925)
  • The Flying Ace, Richard E. Norman (1926)
  • Eleven P.M., Richard Maurice (1928)
  • Birthright, Oscar Micheaux (1938)

 

Autres actualités