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Trois questions à Denis Mpunga,
metteur en scène et directeur du TMP


Une interview de Laurence Bertels
 (La libre Belgique du 23 août 2004)

Pourquoi avoir voulu monter l'histoire de Fodé et Yaguine, ces deux adolescents guinéens retrouvés morts dans le train d'atterrissage d'un avion à Zaventem ?

  • Ce tragique fait divers a fait le tour du monde. Yaguine et Fodé n'étaient ni les premiers, ni les derniers à mourir de la sorte, mais le fait qu'ils portaient cette fameuse lettre sur eux les a sortis de l'anonymat. Suite à cela, Kangni Alem, auteur togolais vivant à Bordeaux, à écrit écrit le texte "d'Atterrissage" en prenant quelques libertés puisqu'on ne connaît toujours pas la réalité et qu'aucune enquête n'a été  faite sur le sujet. On peut en effet se demander comment deux jeunes de 14 et 15 ans se sont retrouvés sur un avion de la Sabena... La Coopération par l'Education et la Culture (CEC) m'a demandé d'en faire une lecture dans le cadre du festival Africalia. On a créé cette lecture en 2003 et ensuite, on a décidé d'en faire une pièce et on espère vraiment la jouer en Afrique.

"Atterrissage" qui sera au Varia en Avril s'adresse tant aux enfants qu'aux adultes. Qu'apporte-t-elle aux premiers ?

  • Le spectacle soulève bien sûr une problématique importante et la réaction des jeunes spectateurs montre à quel point le terme exil leur est vague.
    Ils ne font pas la distinction entre les demandeurs d'asile pour raisons intellectuelles, économiques ou politiques. Lors des animations pédagogiques prévues autour du spectacle, je compte leur parler du mythe d'Enée pour leur expliquer que l'exil existe depuis les Grecs et ne concerne pas seulement l'Afrique.

Vous êtes arrivé du Congo en 1970 et êtes donc vous-même un exilé. Quel regard portez-vous sur cette tragique affaire et sur l'exil en général.

  • Je suis arrivé pour étudier la psychologie avec l'intention de rentrer ensuite au pays puisque nous y vivions bien à l'époque. Personnellement, je ne me sens pas exilé, mais cette problématique est vaste et rappelle combien tout est dans tout. Les richesses dont nous jouissons dépendent des matières premières de pays pauvres et du travail de trop d'enfants là-bas.

Comment l'humanité peut-être réduite à cela ? Je reste sans voix.

  • Seul un sénégalais à réussi à survivre au voyage dans un train d'atterrissage, sans doute parce que l'avion a volé à moins de 10.000 mètres de haut, mais tous les autres qui s'y risquent doivent savoir qu'ils n'ont que peu de chance d'arriver vivants dans le pays de leurs rêves. Tout cela suscite des questions très fondamentales et exige une prise de conscience. Un spectacle comme celui-ci peut rappeler dans quel état de survie se trouvent certains êtres humains.